Le cœur du Boufbowl

Encore un match. Un énième match. Je ne sais même plus quels sont les enjeux. Une finale de coupe. Un simple match d’exhibition. Tout ce que je sais, c’est que je vais m’en prendre plein la gueule. C’est inévitable. Et j’en ai marre. Surtout qu’il y a le Destructeur sur le terrain. Une énorme brute qui s’occupe plus de faire le maximum de dégâts plutôt que de gagner le match. Il n’épargne rien, ni personne. Pas même le matériel. Oui, je sens que ce match va faire mal. Mais, après tout, c’est la routine d’une boufballe. Lire la suite

Les pages

*

– « Chéri, je commence à être inquiète. Ça va faire quatre jours maintenant.

– Lorsqu’ils sont ados, peut-être. Mais elle devrait être dehors, en train de jouer. Comme les autres enfants de son âge.

– Ce n’est sûrement qu’une phase. Tu verras que la semaine prochaine elle gambadera comme à son habitude.

– J’espère.

– Bon, le repas est prêt, tu vas la chercher ? »

Je n’étais pas convaincue par les arguments de mon mari. Je restais persuadée qu’il y avait quelque chose qui clochait avec notre fille. Une petite de six ans ne devrait pas avoir envie de rester enfermée dans sa chambre tous les soirs.

Je montai les escaliers en réfléchissant aux possibles raisons de son isolement. Elle ne m’avait parlé de rien. Alors que, habituellement, elle me racontait tout. Elle était tellement silencieuse ces derniers temps.

J’étais devant la porte de sa chambre. Fermée. Elle était pourtant constamment ouverte en temps normal. J’avais presque peur d’y rentrer.

Je frappai à la porte. Pas de réponse. Le silence uniquement. Pesant. J’ouvris la porte.

Sa chambre apparut petit à petit. Tout d’abord le papier peint rose pâle. Puis le lit, qui rendrait jalouse une princesse, jonché d’une multitude de peluches qu’elle avait accumulé au fil des années et des passages à la fête foraine locale. Puis son petit bureau. Où elle était installée. Comme tous les soirs depuis le début de la semaine.

« Julie, chérie ? »

Elle se retourna immédiatement en souriant.

« Oui, maman ? »

J’étais un peu rassurée de la voir montrer ses dents ainsi.

– « C’est l’heure de manger, ma puce. Tu viens ?

– Je finis un truc et j’arrive tout de suite. »

Elle se retourna vers son bureau. Je n’arrivais pas à distinguer ce qu’elle faisait. Je me résignai et me tournai vers les escaliers. Après avoir effectué quelques pas, je l’entendis m’appeler.

– « Maman ?

– Oui, mon ange ?

– Tu peux fermer la porte, s’il te plaît ?

– Bien sûr. »

Il y avait un peu de tristesse dans ma voix, mais elle ne la remarqua pas. Patrick, mon mari, pouvait dire ce qu’il voulait, il se passait quelque chose. Il était de mon devoir de parent de comprendre ce qui provoquait ceci chez ma fille. Lire la suite

Le chemin de brume

Henry Foguart était perdu. Il était tout seul. Dans un endroit particulièrement sombre. Et brumeux. Il était assis au milieu d’une plate-forme. Pas très large. Et il n’y avait rien d’autre. Juste la plate-forme et lui. Il se leva et s’approcha du bord. Il n’y avait que du vide en bas. Étrangement, la plate-forme semblait suspendue dans les airs. Elle n’était rattachée à rien. Pas de piliers, pas de câbles. Rien du tout.

Henry Se croyait dans un rêve. Rien de tout ce qui l’entourait n’était logique. Et puis, il ne savait pas comment il était arrivé là. La dernière chose dont il se souvenait c’était de s’être couché après une journée de travail. Il s’était installé dans son lit puis plus rien. Pas même un rêve. Peut-être était-ce là, le rêve. Ou le cauchemar. Cela y ressemblait en tout cas. Car cet endroit n’avait rien de réel.

Henry était là depuis des heures maintenant. Il ne pouvait aller nulle part. Alors pour ne pas que la solitude le torture, il pensait. À tout et n’importe quoi. Tout ce qui pourrait le distraire. Il pensait à son travail d’avocat, à ses soirées au bar avec ses amis, aux émissions à la télé, à sa femme…

La tristesse envahit l’avocat. Quel horrible cauchemar. Devoir rester seul avec ses pensées. C’est un cauchemar pour toute personne avec un passé. Et toute personne a un passé.

Alors qu’il luttait pour que ses sentiments ne prennent pas le contrôle, un passage se dévoila sur le bord de la plate-forme. Il s’agissait d’une espèce de passerelle. Un chemin fait de brume et qui s’éloignait dans l’obscurité. L’issue n’était guère engageante, mais c’était la seule. Lire la suite

Patient 84

Les gens m’appellent Patient 84. Je n’aime pas ce nom. C’est trop impersonnel. Avec les autres patients on s’est donné de vrais noms. Le mien, c’est Tomass. J’aime bien Tomass. C’est joli. C’est harmonieux. C’est un vrai nom. J’aime bien les autres patients. Ils sont comme moi. Ils sont gentils. On s’aide. On s’entraide quand les gens viennent nous voir. Je n’aime pas les gens. Ils sont méchants. Ils disent qu’ils veulent nous aider. Mais ils ne nous aident pas. Enfin je ne crois pas. Ils nous font des tests. Je n’aime pas leurs tests. Des fois ils font mal. D’autres fois ils sont juste désagréables. J’en avais marre. Alors je suis parti. Sans leur dire.

Les gens devaient m’aider. Il paraît que j’ai un problème. Quelque chose qui n’est pas normal. Je l’ai depuis toujours alors je ne pensais pas que c’était anormal. Mais ils essayent de m’aider. Ils m’aident à enlever les voix dans ma tête. Mais ils n’y arrivent pas. Les voix sont toujours là. Elles continuent de me parler. Mais je ne les écoute pas. Je ne les comprend pas. Elles parlent bizarrement. Elles utilisent un langage complexe. Alors je les ignore. Je les laisse parler.

Je ne sais plus comment je suis parti. Mais le principal c’est que je n’y sois plus. Je n’étais jamais parti. Je ne savais pas à quoi ressemblait le monde extérieur. C’est beau. C’est impressionnant. C’est immense. Il y a de grands cylindres qui cachent l’astre qui me permet de voir. Mais c’est bizarre, l’astre qui permet de voir me fait très mal aux yeux. Alors je ne le regarde pas. Il y a pleins de choses vivantes dans cet endroit, en plus des grands cylindres. Mais c’est les cylindres les plus importants. Ils sont un symbole pour la vie. Ils aident la vie. La vie de cet endroit.

Je vois un autre vivant. Il a arrêté de bouger quand il m’a vu. Il a peur. J’ai peur. Les seuls vivants que j’ai rencontré sont les gens et les patients. Il est beau ce vivant. Majestueux. Noble. Il a des ornementations sur la tête. Je m’approche pour toucher les ornementations. Mais le vivant s’enfuit. Comme moi. Je me suis enfui. D’un monde carcéral vers un monde où tout est plus beau. Où les vivants sont différents. Où les vivants sont nombreux. Très nombreux. Le monde est beau dehors.

Les ondes au dehors sont différentes. Plus agréables. C’est du bruit. Du bruit ambiant. Des crépitements. Des couinements. De nombreux bruits différents. Ce sont de bonnes ondes. Pas comme celles que je recevais depuis ma chambre. Des ondes assourdissantes. Abrutissantes. Monotones. Sans harmonie. Sans saveur. Sans intérêt. Elles provenaient des machines qui fonctionnaient sans cesse. Des ordinateurs qu’on utilisait. Je n’aimais pas ces bruits. Je n’aimais pas ces ondes.

Je voudrais donner un nom à cet endroit. Mais je ne sais pas trouver les noms. C’est Mino qui savait le faire. C’est lui qui m’a donné le mien. Il s’est donné le sien aussi. Il trouve de beaux noms. Des noms qui représentent bien les choses. N’importe quel chose. J’aimerais qu’il soit là. Il trouverait un nom pour ce magnifique endroit. Je pourrais tout de même essayer d’en trouver un moi-même. Mais c’est trop tard. C’est fini. Il n’y a plus de cylindres. Les cylindres sont derrière moi. Et je ne retournerai pas les voir.

Plus de cylindres. Mais des lignes. Des lignes sombres. De longues lignes qui s’en vont à l’horizon. Si loin qu’on ne voit pas le bout. Étrangement il n’y a plus de bruits. Il y a du silence. C’est bien le silence. C’est reposant. C’est rassurant. Je m’approche de la ligne. En posant mon pied je sentis que la ligne était chaude. Elle était même brûlante. Mais c’était agréable. Je m’allonge sur la ligne. Je ferme les yeux. Je laisse l’obscurité m’envahir. Je laisse mon cerveau s’éteindre.
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Erreur de jeunesse

Je peux sentir le vent s’engouffrer dans mes cheveux. J’adore cette sensation. Elle est si douce, reposante, apaisante. Un extrait de paradis.

Mais cela n’est en fin de compte rien en comparaison de la douce fraîcheur de la nuit. Cette fraîcheur qui vous parcourt tout le corps jusqu’à en mordre la chair. Un moment si commun mais permettant de ressentir quelque chose d’inégalé. L’association des deux est tout simplement magique.

Il y a cependant la petite odeur de la ville. Une odeur particulière mélangeant l’essence, les différentes odeurs des restaurants, l’odeur des gens déstressant de leur journée de travail. Mais elle reste au final assez peu perceptible. Au final, je suis bien où je suis, à penser…

Seul.

Je peux voir le monde en bas, assis sur le rebord du toit de cet immeuble. Les gens vont et viennent constamment bien que réduits à la taille de petites fourmis. J’en éprouve presque un plaisir malsain à les regarder d’aussi haut, comme si je les dominais. Chacun vit sa vie. Je me demande où les mènera leur route, si ce chemin qu’ils arpentent les conduira au même toit que moi.

Le calme est le paramètre que j’apprécie le plus de ce toit. À une telle hauteur on n’entend pas les bruits de circulation, les gens qui marchent, parlent, s’agitent. Le silence règne. Seul le vent vient contester cette toute puissance, mais il a une consonance agréable. Rien de tel pour penser. Pour faire le point plutôt. Je n’ai pas besoin de faire le point, je sais exactement pourquoi je suis sur ce toit. Mais il est toujours bon de ressasser des éléments qui peuvent paraître confus.

Le premier pas vers ce toit, je l’ai fait au moment de la mort de Timothée.

À cet instant j’ai compris que quelque chose clochait, que ce n’était pas fini. Au contraire, il s’agissait du commencement. Lorsque j’ai regardé les autres lors de l’enterrement, j’ai vu qu’ils avaient le même regard, mais beaucoup ont choisi d’ignorer leurs pensées, j’en faisais partie. Mais la finalité restait la même. Le décès de Timothée était un accident, ce n’était la faute de personne, excepté de Timothée lui même qui n’avait pas fait attention. Cela ressemblait cependant à un trait d’humour de la Mort à notre intention. Il est mort noyé. Il faisait de la plongée. Il était toujours très méticuleux mais ce jour là il avait oublié de remplir sa bouteille d’oxygène. Quand il se rendit compte qu’il commençait à manquer d’air, une fois avoir fini le fond de la bouteille, il tenta de remonter à la surface. Il n’y parvint pas. Cette mort nous marqua tous, en particulier Mélissa. C’était la première pierre.

Une larme perle sur le coin de ma joue. Ce souvenir m’émeut à chaque fois. Je mets ma main à la poche de mon manteau pour y trouver un bout de papier. Je sais très bien ce qu’il y a écrit dessus, je n’ai pas besoin de le sortir. Cela ne me donne que davantage de conviction. C’est pourquoi, avant l’aube, je sauterai du haut de ce toit.
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Tabula rasa

Kof ! Kof ! Oula, y’a beaucoup de poussières ici. Personne n’est venu depuis un moment. Il y a des traces de vie, qui remontent à presque un an. Mais un corps très malade ne peut survivre très longtemps, même si la tête est opérationnelle.

Qu’avons nous ici ? Peut-être un trésor.

Hélas non. Juste de vieux documents. Probablement sans intérêt. Mais après tout, il n’y a que ça, autant y jeter un œil.

Hum ! A première vue, ce sont des récits, des histoires, des aventures. Certaines passionnantes, d’autres décevantes. Dans des décors variés, tels qu’un parc à l’apparence tranquille, l’appartement de trois jeunes paumés ou même un autre monde. Mais ces histoires… ont une cohérence entre elles. Elles ont un lien. Comme si elles se continuaient les unes des autres. Dommage qu’il n’y ait pas la fin.

Oh ! Il y a également des standalones.

Que de merveilles ! Dommage d’avoir abandonné de telles œuvres. Mais que vois-je, un dernier papier, enseveli sous la poussière.

Un message.

Tabula rasa

Ces textes ne resteront pas à l’abandon.

Dans le temps, ils perdureront.

Pour sortir de cet état de stase,

il faut faire table rase.

Serait-ce… un nouveau départ ?